Chercher sa Voie

« Chaque individu doit-il chercher et peut-il trouver la voie spirituelle qui lui permette de se réaliser du mieux possible ? Je répond assurément : oui. Hier comme aujourd’hui le chemin spirituel est le fruit d’une démarche personnelle et celle-ci a plus de chance d’aboutir si chacun cherche un chemin qui soit adapté à sa sensibilité, à ses possibilités, à son ambition, à son désir, à son questionnement. Bien sûr, certains individus se trouvent perdus devant le choix si large de chemins qui nous sont aujourd’hui offerts.
« Quelle est la meilleure voie spirituelle ? », à-t-on un jour demandé au dalaï-lama. Réponse du leader tibétain : « Celle qui vous rend meilleur ». Voici sans doute un excellent critère de discernement. » Frédéric Lenoir

(…) Sage

L’expérience libératrice.
Les sages, explorant une autre manière d’être soi, ,ont quelque chose de nomade, mais sils n’errent pas au hasard. Ils cheminent sur les traces de ceux qui les ont précédés, ou bien en frayant une route inédite. A partir de l’éveil initial, ils entrent alors en travail. il leur faut d’abord se défaire de l’attachement aux biens matériels et aux affections humaines qui les entravent, afin de gagner une certaine marge d’autonomie. Cela ne signifie pas nécessairement un mode de vie sous le signe de la pauvreté. (…) Le détachement touche avant tout les certitudes intérieures et les habitudes acquises : « Vous n’êtes pas ici pour apprendre, mais pour désapprendre », disait le maître indien Ramana Maharshi.

qu’est-ce qu’un sage ?
Une manière plus subtile d’envisager l’existence et d’être soi.
Chacun à sa façon, les sages nous invitent à vivifier notre perception, comme une épice qui changerait le goût d’un plat et qui rendrait plus savoureuse l’expérience du monde.

Ysé Tardan-Masquelier

Sage (…)

Une pensée du grand large.
Avec Svetaketu (voir article précédent), nous comprenons que la sagesse est l’attention révélatrice de cette essence omniprésente, qui se donne sans limite et sans différence, vivifiant de sa saveur tous les êtres et les choses que distingue l’intelligence analytique. L’image dans son apparente naïveté, renvoie à la perception d’une présence invisible, qui échappe à toute prise, mais qui se laisse « savourer » dans l’expérience du monde : elle est le sel de la vie », et la sagesse est d’abord attrait pour ce « goût de l’Être ».

« Vois, dit l’ami à l’ami sur le pont, la joie du poisson dans l’étang ! – Comment, toi qui n’es pas poisson, connais-tu la joie du poisson ? – À ma joie sur le pont. » (Tchouang-tseu).

Rien d’extraordinaire, et pourtant tout est là, dans la vigilance lumineuse à l’instant, qui discerne la secrète unité de soi et du monde. Le sage n’est pas nécessairement un grand intellectuel, il n’a pas d’abord pour objectif de développer son mental, mais d’induire un retournement dans la manière d’envisager l’existence. (…) les sages ont privilégié une source de connaissance intuitive et directe, une intelligence visionnaire une pensée du grand large, qui embrasse le tout et la particularité de chaque être.

« Sage » (…)

« Sage » nous vient du latin sapidus, un adjectif formé sur la même racine que le verbe sapere, « avoir du goût, sentir », « avoir de l’intelligence, apprécier », « se connaître en quelque chose, comprendre, savoir ». La sagesse, sapientia, commence donc par une expérience savoureuse, source d’appréciation et de discernement.

« La doctrine, on l’acquiert par l’étude, mais la sagesse on l’a par infusion » Thomas d’Aquin

Uddalaka Aruni avait envoyé son fil Svetaketu faire son éducation religieuse chez les meilleurs brahmanes, et le jeune homme, après douze années d’études assidues, était rentré chez lui « content de soi, fier de ses connaissances, orgueilleux » mais incapable de répondre aux questions essentielles. Son père décide alors de l’éveiller à la présence de l’Être un et éternel au coeur de la réalité sensible et de lui-même, en lui proposant des praboles. En voici une : « Jette ce sel dans l’eau et reviens me voir demain matin » Ainsi fit Svetaketu. Son père lui dit : « Ce sel que tu as, hier soir, jeté dans l’eau, apporte-le moi ». Svetaketu regarda et ne le vit plus. Il était fondu. « Goûte de cette eau prise à la surface … Eh bien ? – C’est salé. – Goûte de l’eau prise au milieu… Eh bien ? – C’est salé. – Goûte du fond et reviens près de moi. » Ainsi fit-il en disant : « C’est toujours de même. » Alors son père dit à Svetaketu : « Ainsi, en vérité, mon ami, tu ne perçois pas l’Être, et pourtant il est là. Cette essence subtile, c’est par elle que tout est animé ; elle est la seule réalité ; elle est le Soi ; et toi-même, Svetaketu, tu es cela. » Chandogya Upanishad

(…)

U

Être en yoga

« Être en yoga n’est pas intellectuel. Cela se fait par le travail du corps, de la respiration, de l’attention, et de la pratique. (…) Cet approfondissement de la vie intérieure a besoin de silence, de temps, de solitude face aux si nombreuses sollicitations extérieures. En avons-nous encore le temps, l’espace ? C’est peut-être le secret de l’intérêt pour le yoga, qui propose un retour à soi, sans effort et sans bruit, pendant la pratique et la méditation; qui nous propose de prendre du recul, cette position de témoin face à l’adversité ou face à nos réactions par trop émotionnelles. Le maître soufi, Cheikh Bentounès, nous le dit : « Quand on entre dans la vie intérieure, on passe de la culture du « moi je » à la culture du « nous tous ». Christiane Berthelet Lorelle confirme également : « j’utilise la pratique du yoga pour fatiguer le Moi, fatiguer sa résistance et ses mécanismes de défense pour qu’enfin une lumière fraie son chemin ». C’est cette lumière là, c’est elle que l’on veut voir.(…) La vie intérieure est en fait un vrai pouvoir, une force de vie, en chacun. » Renaud Céllier

BELLE ET HEUREUSE ANNÉE 2017

« Nous n’avons jamais fini d’escalader la montagne, car si nous n’avons rien à regarder en haut, si rien n’est au-dessus de nous, notre intérêt est insuffisant et le coeur ne peut donc s’ouvrir. Il y a toujours quelque chose de plus grand que moi. Ne pensez pas que vous êtes arrivé. Aussi haut que celà puisse paraître sur la montagne, ce n’est qu’une corniche pour s’asseoir et reprendre souffle. Il y a toujours un lieu plus haut si on lève les yeux » Myokyo-Ni

Un conte – « les longues cuillères »

« Il était une fois, dans un certain royaume – pas très loin d’ici, un roi qui était renommé, autant pour sa majesté que pour sa fantaisie quelque peu excentrique.
Un jour il fit annoncer partout qu’il allait donner la plus belle, la plus grande fête de son règne. Toute la Cour et tous les amis du roi y furent conviés.
Les invités, parés des plus riches habits, arrivèrent au palais rayonnant de tous ses feux. Les présentations se déroulèrent suivant le protocole, et les spectacles commencèrent : des danseurs de tous les pays succédaient à des jeux étranges et aux divertissements les plus raffinés.
Tout, jusqu’au moindre détail n’était que splendeur. Et tous, conquis, admiraient, s’étonnaient, proclamaient la magnificence du
roi.
Pourtant, malgré l’ordonnance exquise de la fête, on commençait à remarquer que l’art de la table n’était représenté nulle part. On ne pouvait rien trouver pour calmer la faim que chacun ressentait plus cruellement, à mesure que les heures s’écoulaient. Ce besoin devint bientôt intolérable.
Jamais, dans ce palais ni dans tout le pays, cela ne s’était produit auparavant.
La fête n’en continuait pas moins à battre son plein, offrant au public une profusion de merveilleux musiciens et d’excellents danseurs.
Peu à peu, la gêne des spectateurs devint une sourde mais visible contrariété. Et pourtant, devant un si grand roi, personne n’osait élever la voix.
Les chants continuèrent, des heures et des heures encore. Puis on distribua des cadeaux, mais aucun n’était comestible.
Quand la situation fut à son comble, et la faim insoutenable, le roi invita enfin ses hôtes à passer dans une salle spéciale où les attendait un repas.
Personne ne se fit attendre. Tous coururent, avec un bel ensemble, vers l’arôme délicieux d’une soupe que répandait une énorme marmite, au milieu de la table.
Les convives voulurent se servir, mais grande fut leur surprise quand ils découvrirent, dépassant de la marmite, d’énormes louches de métal, de plus d’un mètre de longueur. Et pas une assiette, pas un bol, pas une cuillère d’une taille plus accessible !
Il y eut bien des tentatives, qui n’aboutirent qu’à des cris de douleur et de déception.
Les manches démesurés ne permettaient pas au bras de faire parvenir à la bouche le succulent breuvage, car on ne pouvait saisir les louches brûlantes que par un petit manchon de bois, à leur extrémité.
Tous désespérés, essayaient de manger, sans aucun résultat. Jusqu’à ce que l’un des invités, plus éveillé ou plus affamé, trouvât la solution : tenant toujours la louche par le manchon situé à son extrémité, il la porta à… la bouche de son voisin, qui put manger à sa faim !
Tous les imitèrent et chacun fut rassasié, comprenant enfin que dans ce palais magnifique, l’unique moyen de s’alimenter était que chacun serve l’autre. »

 

… Silence

« Aux portes du Transcendant se tient ce simple et parfait Esprit, lumineux, pur, soutenant le monde mais inactif en lui, sans tensions d’énergie, sans fissure de qualité, sans cicatrice de rupture, unique, identique, libre de toute apparence de rapport et de multiplicité, le transcendant Silence. Et l’esprit, quant il franchit soudain ces portes, sans l’intermédiaire d’aucune transition, a le sens de l’irréalité du monde et de la seule réalité du Silence – une des expériences les plus puissantes et les plus convaincantes dont l’esprit humain soit capable. » Shri Aurobindo

« On apprend plus dans les bois que dans les livres. Les arbres et les rochers vous enseigneront des choses que vous ne sauriez entendre ailleurs. » Saint Bernard

« Le silence est contemplation, image du vent qui souffle sur la terre » Yi King

« C’est dans cette vie même qu’il faut nous efforcer de tout comprendre. » Houang Po