« Servir la vie »

« Qu’est-ce que le service de la vie ?
On peut essayer de le définir comme effort créateur, c’est-à-dire effort pour offrir à la vie de nouveaux espaces d’émergence, d’expression, de protection et de déploiement. C’est soutenir la vie dans tous ses efforts contre ce qui veut l’affaiblir ou la détruire, contre les violences qui l’agressent ou les maux qui l’affaiblissent. C’est créer la vie là ou elle n’existait pas. C’est aussi l’imaginer et la faire exister sous des formes nouvelles. C’est semer la graine d’un arbre, cultiver un jardin, concevoir un enfant, peindre un tableau, inventer des outils (matériels ou symboliques) et s’en servir de façon éthique, secourir celui qui est en détresse, écouter celui qui en a besoin, enseigner ce que l’on sait, donner ce que l’on a, réaliser en soi un progrès d’être, de conscience, de vertu, etc. Le service de la vie est très vaste, difficile à circonscrire. Il s’actualise notamment dans trois grandes directions : la culture du lien à soi, du lien à l’autre, du lien à la nature. » Abdennour Bidar

« Juste le présent »

« Notre faculté de discernement nous permettra de distinguer entre mollesse et décontraction, entre disponibilité et apathie, entre ouverture et indifférence, entre plaisir et esclavage des sens.
La nuance est subtile et la recherche de cet équilibre l’est aussi. En allant trop vers la détente, je risque de me diluer et de perdre le fil du yoga, en allant trop vers la fermeté, je risque de perdre l’écoute et la tendresse.
Le résultat de cette recherche est l’harmonie. Nous nous sentons alors déposés entre deux directions, au centre. L’état d’équilibre est défini comme des forces complémentaires égales dont la somme s’annule. Ce n’est donc pas l’absence d’effort mais l’effort juste pour le yoga. Là, il n’y a plus de passé ou de futur, juste le présent. ». Sandra Ermeneux.

« C’est un homme, c’est une femme, avec un corps d’os et de chair. »

« (…) In fine, debout, assis ou couché, dans la force de l’âge ou dans un état de moindre vitalité, ne peut-on, « jusqu’au bout » laisser se relativiser ce qui est secondaire et se dévoiler l’essentiel ?

C’est un homme, c’est une femme, avec un corps d’os et de chair.

Le souffle l’anime de sa vitalité.
Sa pensée, ses émotions subtilement frémissent en lui, portées par son corps et l’inspirant de leurs couleurs et représentations.
Il est conscient de ses limites, du cadre dans lequel sa vie se déroule.
En même temps, il peut se sentir enraciné dans le sol comme un arbre, parcourant les plaines et les forêts comme un fauve, s’élevant dans les airs comme un oiseau.
Il peut rester en lui-même, immobile ou en mouvement.
Toujours en lui, stabilité et espace de bien-être.
Il est bien là, recueilli en soi, présent au monde.

La posture, mise en place avec la conscience de ce qui s’y rassemble, récapitule ainsi tout le projet du yoga. » Laurence Maman

« Une attention soutenue »

(…) une attention soutenue, constante, qui débusque ce qui peut se cacher derrière mes « vouloir bien faire ». Une vigilance dans l’action, ferme et sans faiblesse, une vigilance dans un authentique lâcher prise où je n’accroche plus mes désirs, mes aspirations, mes espoirs et mes peurs à ce que j’accomplis. L’abandon total du fruit de l’action. Agir sans penser au résultat. Lâcher prise, couper court à toute supputation. Décrisper la pensée, ouvrir son coeur. Plus aucun effort à faire, plus de tension, pas de stress. Aucune volonté à faire passer. Je respire, je prends du recul, je me libère. Alors s’installent en moi, le calme, la paix. Une paix sereine et joyeuse. » G. Gilson

« Tentons une définition du yoga »

« Le yoga serait toute activité visant à la santé et au bonheur, menant à une meilleure compréhension de soi-même et ne faisant de tort à personne. Quelles seraient les conditions préalables à la pratique d’un tel yoga ? Quelles en sont les conditions nécessaires ?

L’intérêt.
Selon moi, il doit tout d’abord y avoir l’intérêt de le pratiquer. Aucune activité, aucune discipline n’amènera de résultats positifs si vous n’êtes pas motivé à deux niveaux : tout d’abord pour vous lancer dans cette activité, et ensuite pour continuer à la pratiquer. Sans intérêt, pas de yoga …

L’ouverture d’esprit.
Ensuite, il y a l’ouverture d’esprit vis-à-vis de la chose à apprendre. Si vous pensez comprendre quelque chose et posséder toutes les réponses, vous allez vous fermer à l’expérience bien que vous sembliez vous impliquer fortement. Vous n’allez pas changer, vous n’allez pas grandir, vous n’allez rien acquérir.

Un enseignant.
Continuons : il vous faut un « guide ». Bien sûr vous devez travailler par vous-même, mais si vous êtes tout seul vous ne pouvez avoir toute l’objectivité nécessaire afin d’assurer votre progression et de réorienter vos efforts. (…)

Pratiquer.
Enfin, vous devez avoir l’occasion de pratiquer. Ce que vous apprenez (…) vous devez l’essayer, le tester. Vous devez l’expérimenter. (…) Certaines modifications ne surviendront, certaines choses ne seront comprises qu’avec le temps et une application continue. » David Schonfeld

« Relation corps-mental-souffle »

« En fait, si nous pratiquons des postures de yoga, c’est beaucoup plus pour connaître notre corps que pour le rendre souple …
La pratique des postures a pour but principal de corriger dans le corps des imperfections qui y ont été importées par le mental. (…) Un mental instable affecte le corps et la respiration, sans parler des émotions… Les postures ont donc un effet purificateur sur et par le corps. (…)
Au sujet du mental, on peut parler d’états (calme, agité…) ou de qualités (clarté, confusions, pensées positives ou négatives…) La respiration influence tout cela. (…)
La relation entre le corps et le mental est intensifiée par l’utilisation du souffle. » TKV Désikachar

« Aujourd’hui, le monde du yoga »

Aujourd’hui, le monde du yoga est un monde multiple où de très nombreuses pédagogies cohabitent, donnant à chacun la possibilité de trouver la méthode qui lui conviendra le mieux. Mais quelle qu’elle soit, cette méthode, pour être du yoga, doit respecter des consignes de base : ne pas se faire mal, coordonner le mouvement avec le souffle, et développer la conscience et l’attention à ce que l’on fait. Lorsque ces trois ingrédients de base sont respectés, alors la méthode peut s’appeler yoga et vous pourrez constater qu’elle s’accompagne d’une véritable philosophie ou art de vivre.
La pratique du yoga est sous-tendue par cinq grands axes. La pratique du yoga est fondamentalement humaniste, impliquante, unifiante, globalisante, et pleine de sens. » L. Coudron

« Un beau joueur qui courrait sans bouger »

«  »Il bougeait, il faisait les mêmes gestes que les autres (…) Mais, alors que les gestes des autres allaient vers leurs adversaires et tout le stade qui les regardait, les gestes de ce joueur restaient en lui-même, restaient concentrés sur lui, et ça lui donnait une présence, une intensité incroyable (…). Le joueur maori, il devenait un arbre, un grand chêne indestructible avec des racines profondes, un rayonnement puissant (…) et pourtant on avait la certitude que le grand chêne, il pouvait voler, qu’il allait être aussi rapide que l’air, malgré ou grâce à ses grandes racines (…). Un beau joueur qui courrait sans bouger. » M. Barbery

Pouvoir courir sans bouger … Trouver des gestes qui restent en soi… tout en déployant la richesse de la vie relationnelle. Voici un apparent couple d’opposés que nous pouvons chercher à résoudre à travers la posture : comment être bien présent de la relation à autrui et à son environnement, sans perdre une stabilité interne et une aptitude au bien-être ? Comment sortir de l’alternative entre se sentir « hors de soi », instable et mal à l’aise ou au contraire « en soi », stable et à l’aise. » Laurence Maman

« Adapter une posture de yoga »

« Adapter une posture de yoga ne signifie pas amoindrir son exigence, mais favoriser l’installation du corps dans la cohérence fonctionnelle qui permettra d’accroître ses effets. (…) La présence aux sensations corporelles et respiratoires est un puissant facteur de concentration. Cela peut passer dans toutes les attitudes de la vie, puisque nous sommes constamment dans une posture et que nous y respirons sans cesse. Les perceptions sensorielles, toujours renouvelées, nous installent dans le présent du temps.  » Michel Alibert

« Grandir en humanité »

«  »Grandir en humanité » c’est-à-dire « s’humaniser ». Je suis convaincu que l’être humain est celui qui « a à » : il a à devenir lui-même, à cultiver son humanité, à se constituer comme pleinement et véritablement humain, à explorer et exprimer ce que l’on pourrait appeler ses « possibilités ultimes » – les plus hautes et belles de la condition humaine. Cette notion est profondément liée à la dignité de la personne humaine. Ce qui fait notre dignité, c’est que nous avons la responsabilité de nous-même, de faire quelque chose de nous. C’est ce travail d’humanisation que les différentes vertus nous permettent de cultiver. Du reste, cette finalité gouverne aussi notre rapport à la connaissance. Pourquoi cherchons-nous la connaissance ? Pour nous humaniser. Quelque chose en nous, en notre humanité, cherche le vrai, de la même façon que quelque chose en nous cherche le juste ; le bien ; le beau – bref, les supports d’humanisation. » Abdennour Bidar