« SVADHARMA »

« Quand on parle de « svadharma », on ne s’occupe pas du succès, c’est du devoir qu’il s’agit. Les responsabilités essentielles ne se mesurent pas au degré de réussite …
Le karma yoga, qui m’engage à l’action, le demande pour l’action, elle-même, parce que c’est cela qu’il faut faire, indépendamment du succès ou de l’échec. Essayer, s’appliquer, recommencer autant de fois que nécessaire, voilà le karma yoga ; c’est un enseignement important de la Bhagavad-Gîtâ.
Le succès en matière de « svadharma » est totalement indépendant du nombre de faits accomplis, de leur importance, de l’impact qu’il ont sur ceux qui me regardent … non, mais cela me procure une profonde satisfaction dans le coeur. Sentir que l’on a fait le maximum même si par ailleurs cela comporte parfois quelques difficultés, même si cela implique quelques situations un peu douloureuses, un bon sentiment reste au plus profond de soi.
Non vraiment, en ce qui concerne nos devoirs et nos responsabilités « svadharma », le succès ne peut pas être la motivation première de l’action. »
TKV Désikachar

« Essayer, s’appliquer, recommencer autant de fois que nécessaire … »

« J’étais un très bon ingénieur, j’étais en train de faire ce qu’on appelle une « réussite » dans cette profession. En revanche, je n’étais pas très bon étudiant en yoga, j’étais franchement médiocre dans la récitation des chants, et complètement ignorant des différents systèmes d’étude du corps humain et de la santé en général. Enfin pour les textes, les Yoga-Sûtra par exemple, je ne crois pas noircir le tableau en disant que personne ne pouvait être plus ridicule que moi face à mon père.
J’ai commencé à m’intéresser à ces choses vers 23 ans, c’est-à-dire l’âge où normalement on approche de la fin de ce genre d’études. Je n’étais pas plus gâté en ce qui concerne la pratique des postures, mon corps est très raide et j’étais par conséquent loin des canons reconnus en matière d’asana. Mais j’ai essayé et essayé, pratiqué et pratiqué, étudié sans relâche et sans découragement. Une force indomptable me poussait, me disais de m’appliquer, de continuer.
Ai-je commis une erreur en persévérant ?
Si je suis « bon » dans un domaine, peut-être est-ce simplement parce que cela m’est aisé, cela ne signifie pas que ce qui m’est plus difficile n’est pas mon dharma (voie). Ce n’est pas parce que je suis bon joueur que le jeu est mon dharma ! ».
TKV Désikachar

« Fait ce que tu dois »

« mieux vaut suivre son propre dharma (devoir, ordre), fût-il imparfait, que celui d’un autre, pratiqué parfaitement. » Bhagavad Gîta

« Agir implique deux choses : d’une part l’aspect technique de l’action, d’autre part la relation à l’évènement, la manière dont on s’y imbrique. »

Apprécier ses richesses culturelles :  » connaître ses racines, ses devoirs, ses responsabilités. Il nous faut chercher nos racines, trouver nos valeurs. Je suis convaincu qu’il en existe dans toutes les cultures : à chacun de les découvrir pour qu’elles nous soutiennent. Celà n’empêche nullement les emprunts aux autres pour renforcer nos racines ou même les nourrir. La culture est faite du passé comme du présent. »

Essayer, s’appliquer, recommencer autant de fois que nécessaires… : « Si je suis « bon » dans un domaine, peut-être est-ce simplement pare que cela m’est aisé, cela ne signifie pas que ce qui m’est plus difficile n’est pas mon dharma ! Quand on parle de « sva-dharma », on ne s’occupe pas du cèssès, c’est du devoir qu’il s’agit. Les responsabilités essentielles ne se mesurent pas au degré de réussite… »

 » Le karma-yoga, qui m’engage à l’action, le demande pour l’action elle-même, parce que c’est cela qu’il faut faire, indépendamment du succès ou de l’échec. Essayer, s’appliquer, recommencer autant de fois que nécessaire, voilà le karma-yoga ; c’est un enseignement important de la Bhagavad Gita. »

« Le vrai succès en matière de sva-dharma est totalement indépendant du nombre de faits accomplis, de leur importance, de l’impact qu’ils ont sur ceux qui me regardent… non, mais cela me procure une profonde satisfaction dans le coeur. Sentir que l’on a fait le maximum même si par ailleurs cela comporte parfois quelques difficultés, même si cela implique quelques situations un peu douloureuses, un bon sentiment reste au plus profond de moi. Non, vraiment, en ce qui concerne nos devoirs et nos responsabilités (sva-dharma), le succès ne peut pas être la motivation première de l’action.  »

TKV Désikachar

« Une très vieille histoire »

« Je vais vous raconter une très vieille histoire que vous connaissez déjà.
Nous sommes dans un île, située entre l’Afrique et l’Europe. Ce n’est plus tout à fait la Grèce et ce n’est pas encore l’Orient. (…)
C’est la Crête, telle qu’autrefois Thésée l’Athénien l’a découverte en débarquant du Nord. Il convoyait sept jeunes gens et sept jeunes-filles qui représentait le tribut dû par sa ville au roi Minos. Mais il avait une autre mission, celle de rompre cette servitude, de tuer le monstre dont l’appétit engloutissait régulièrement la fine jeunesse d’Athènes.
Thésée est jeune, fort, plein d’enthousiasme. Mais ces qualités ne suffiront pas, car même s’il maîtrisait le monstre moitié homme, moité taureau, il se perdrait au retour dans l’obscurité du labyrinthe. Par chance, Thésée a bénéficié d’une aide particulière : la princesse Ariane, par amour, lui a confié une pelote de fil qui, quels que soient les détours dans lesquels il s’engagera, le ramènera à la porte de sortie. C’est une lumière dans la nuit, c’est une présence vivante dans sa main.
Je ne sais pas avec quelle arme Thésée a tué le Minotaure, mais le fait est qu’il l’a vaincu et que, grâce à ce fil ténu, mais solide, il a retrouvé sa route. Il avait accompli sa mission et sauvé sa vie.
Son histoire ne s’arrête pas là, vous le savez : il a eu d’autres difficultés, ne les a pas toujours surmontées à son honneur, mais le souvenir qu’il nous a laissé est celui de ce jeune vainqueur.

Et maintenant relisons cette histoire autrement. Cette île des contrastes, c’est le monde que nous voyons autour de nous, sous toutes les latitudes, un monde riche, changeant, enthousiasmant et désespérant à la fois. Thésée porte d’autres noms héroïques sous d’autres cieux ; c’est aussi chacun de nous. Plus exactement, au début de cette vieille légende, c’est nous, quand nous étions jeunes, c’est nous le matin, c’est nous quand nous entreprenons quelque chose de neuf.
Le labyrinthe est construit dans l’île, c’est-à-dire quelque part au fond de nous. Le monstre qui y réside, nous sentons sa présence, mais pas continuellement. Parfois il mugit, parfois il se tait, semble endormi, et quand nous pensons que le combat n’aura pas lieu, le voilà qui ressurgit. Si nous allons à sa recherche, c’est parce qu’on nous a envoyés le combattre. Nous avons ce devoir vis-à-vis des gens qui nous ont précédés et de ceux qui viendront plus tard, car nous devons améliorer quelque chose dans le monde qui nous entoure, et qui nous succèdera. Cela, nous le savons, sans pouvoir préciser d’où nous vient la certitude. (…)

Les Grecs avaient mesuré les limites de notre pouvoir et nous ont transmis des histoires qui nous enseignent la mesure et la modestie. Notre vie est une suite d’expériences où nous glanons la victoire comme l’échec ; notre but est de reprendre le fardeau, de réajuster le fil et de le tenir plus fermement pour limiter nos errances. » G. Procureur

« L’énergie d’éveil et l’énergie de refoulement » (3)

L’éducation
« Patanjali indique bien qu’il faut « voir » avec l’oeil de la méditation les activités troubles de la psyché et qu’on ne doit pas forcer la nature mais repérer et affaiblir les obstacles ; dès lors elle coule d’elle-même dans la bonne direction. (…)
L’éveil n’est pas une question de vouloir mais de voir.
L’éducation efficace, n’est-ce pas dès lors la confrontation aux expériences sans a priori ni volonté d’aboutir ?
(….)
Désikachar a souvent souligné que la condition essentielle à l’éclosion c’est l’attention portée à « où j’en suis » : au point de départ, ici et maintenant, sans hypocrisie et sans ambiguités. Il suffit de poser un regard sur soi sans à priori. Dès lors le corps, les sensations, constituent un domaine irremplaçable d’observation et de prise de conscience. Mettons nous à l’écoute des messages incessants et profonds du corps ; il conduisent à l’épanouissement de l’être, au déploiement sans limite de son énergie.
La technicité posturale et respiratoire soutien ce regard ; trop souvent elle le voile par excès de complexité et de technicité.

« l’acte éveillé seul n’a pas le succès pour finalité, n’a pas le passé pour cause et s’appuie sur l’attention détendue ici et maintenant » La Bhagavad Gita

(…)
Depuis l’aube des temps l’humanité vacille entre l’expression brute des instincts, le refoulement générateur d’oeuvres amères bien que glorieuses et le libre flot détendu de l’énergie d’éveil qui trouve sa juste route au sein des immenses énergies cosmiques ; j’émets le souhait que l’impact éducatif du yoga en occident contribue à l’évènement de l’ère de l’éveil. »

François Lorin

« L’énergie d’éveil et l’énergie de refoulement » (2)

L’énergie de refoulement

La plupart des processus éducatifs sont marqués de cette énergie de refoulement qui se surpasse grâce à la récompense et au châtiment. Dès lors, elle intensifie artificiellement l’intensité de vie ; elle donne sens et profondeur au quotidien ; elle moule et plie, façonne distord la nature pour obtenir d’elle d’autres fuits …
Tel le maître d’armes, Drona, dans le Mahabharata, qui refuse le disciple enthousiaste et doué, Eklavya, par respect pour la Loi,  qui exige du disciple qu’il connaisse son ascendance ; lorsque Eklavya, seul, par sa dévotion sans partage et par les méditations quotidiennes devant la figurine de glaise de son maître modelée de sa main, parvient à la maîtrise totale de l’art du tir à l’arc, Drona choisit de refouler son immense admiration et exige en paiement de ses honoraires de « guru », comme l’exige la Loi, le pouce droit d’Eklavya, qui s’exécute sans hésiter et qui, dès lors, ne pourra jamais plus tirer ! Double refoulement du Maître et du disciple, admirable certes, mais au nom de quelles chimères ?
(…) À un moindre degré, il y a le pratiquant qui se pousse pour faire sa pratique quotidienne, l’étudiant qui fait la chasse à ses impuretés psychiques et qui veille à ne laisser surgir aucune émotion « négative », confondant refoulement et libération !
L’énergie de refoulement ne doit pas à son tour être « refoulée » puisqu’elle fait partie de notre dynamique collective et individuelle ; toutefois je pense que sa continuation contredit toutes nos tentatives d’éveil et de compréhension.

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« L’énergie d’éveil et l’énergie de refoulement »

« Lorsqu’on empêche un cours d’eau de s’écouler au moyen d’un barrage, on peut se servir de cette masse d’eau pour actionner une turbine et produire de l’électricité.
Dans la psyché, un processus identique produit ce que j’appellerai l’énergie du refoulement.
Quelques-uns des extraits des lettres d’Alexandra David-Neel illustrent mon propos : confrontée au difficile rapport humain et à l’impossibilité d’aimer et d’être aimée selon son désir, elle sublime ses aspirations – les refoule-t-elle ? et prend son appui sur cette énergie dérivée pour mener à bien une oeuvre et des exploits considérables. Néanmoins, c’est l’amertume qui transparaît tout au long de ces extraits, comme si l’exploit à venir ne pourra jamais compenser la perte et la déception…
Ce type de dérivation est universel : toutes les cultures et tous les individus la connaissent. L’occident abonde d’exemples, l’orient aussi. La conscience humaine, confrontée au conflit entre ses désirs et les obstacles à leur accomplissement, n’a d’autre ressource que de se couper du désir originel et d’utiliser l’énergie ainsi « barrée » pour alimenter par substitution, un autre domaine plus accessible mais qui ne permettra jamais le total épanouissement ! (…)
La volonté conduit l’homme à s’astreindre, à se priver, à se dépriver et à se contraindre en vue d’obtenir ou d’acquérir ; elle le conduit aux limites du possible et du supportable, au risque de sa vie et de son intégrité psychique ; il en découle un sens étonnant de puissance et de maîtrise car l’énergie torturée à trouvé une voie d’expression et d’écoulement. »

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« Respecter et cultiver les perceptions sensibles »

« Dans les traditions patriarcales, la vie individuelle et collective veut et croit pouvoir s’organiser en dehors de l’ambiance du monde naturel. Le corps – appelé aussi microcosme – est alors coupé de l’univers – appelé, lui, macrocosme. Il est plié à des règles sociologiques, à des rythmes étrangers à sa sensibilité, ses perceptions vivantes : le jour et la nuit, les saisons, la croissance végétale … Cela signifie que les participations à la lumière, aux bruits ou aux musiques, aux odeurs, aux touchers voire aux goûts naturels ne sont plus cultivées comme qualités humaines. Le corps n’est plus éduqué à développer ses perceptions mais à se détacher du sensible pour une culture plus abstraite, plus spéculative et plus socio-logique. Le yoga m’a appris à revenir à la culture de la perception sensible. En fait, je l’ai toujours aimée. Depuis mon enfance, la nature m’a aidée et appris à vivre. Mais le yoga m’a ramenée à ce goût avec des textes qui me conduisent de l’innocence des sensations à leurs traductions et supports spirituels qui en permettent le développement, et parfois la communication ou le partage. (…)
Apprendre à écouter de beaux sons, à contempler de belles couleurs, à goûter de bons produits de la terre aide à devenir spirituel. Et nous n’avons pas assez d’une existence pour éduquer nos facultés sensibles. » L. Irigaray

« Une attention au souffle dans la vie »

Respirer et parler

« D’abord, j’ai appris à respirer. Respirer, selon moi, correspond à prendre en charge sa propre vie. Seule la mère, pendant la gestation, respire à la place de l’enfant. Après la naissance, qui ne respire pas, ne respecte pas sa vie et prend de l’air à l’autre, aux autres. Respirer est donc un devoir vis-à-vis de ma vie, de celle des autres, de l’ensemble du monde vivant. La plupart des personnes ne se ménageant pas le temps de respirer, il est nécessaire, – en tous cas, il m’est nécessaire, mais je pense que cette nécessité est générale – de se promener ou de demeurer un moment chaque jour dans le monde végétal pour continuer à respirer et à vivre en dehors de l’exploitation sociale ambiante.
Il est nécessaire aussi de comprendre les relations entre la respiration et les autres actes , en particulier l’acte de la parole. (…) il est intéressant de noter que les personnes qui ne respirent pas, ou qui respirent mal, ne peuvent pas s’arrêter de parler. C’est leur manière de respirer, et notamment d’expirer pour reprendre souffle. (…)

Rester silencieusement attentif au souffle revient à respecter ce qui existe et à se réserver la possibilité de naître et de créer. » L. Irigaray