Les âges de la vie … (1)

En Occident

« S’il est inéluctable de vieillir et de subir plus ou moins rapidement les effets de l’âge, il faut savoir que ces changements se font de façon lente, à peine perceptible dans le temps. Nous changerons physiquement et physiologiquement mais aussi psychiquement, ce qui nous permet de bien vivre ces mutations, dans la mesure, bien sûr, où nous les acceptons sereinement. Il serait souhaitable d’essayer de trouver les moyens de ralentir ces processus de dégradation par une prise en charge consciente et continue de notre personne en mettant en oeuvre tout ce qui est à notre portée pour améliorer notre équilibre général. Cela signifie que nous aurons le souci d’adapter notre activité, notre façon de nous alimenter, notre façon de vivre enfin à ce que nous sommes devenus, sans nous lamenter sur nos facultés perdues.

Il est vrai que le monde dans lequel nous vivons ne facilite pas cette acceptation : il ne glorifie que la jeunesse, les personnes âgées étant trop souvent considérées comme une charge indésirable, une « excroissance » ou encore un « diverticule » dont il faudrait au plus vite se débarrasser ! (…)
Paraître jeune sera leur souci au prix de surmenages détrimentiels pour leur équilibre. Il est vraiment navrant de ne pas accepter pleinement ces changements et d’occulter ce que l’on a acquis par l’expérience de la vie : à savoir une façon bien plus sereine d’appréhender les évènements et les êtres et, par conséquent une grande joie de vivre. La vieillesse devrait être caractérisée par plus de compréhension, plus d’indulgence et l’humilité. »

Ordre et désordre dans la pensée de l’Inde (5)

La connaissance et la dévotion

« Pour le Sâmkhya, le problème du passage du désordre vers l’ordre et de l’asservissement vers la liberté se pose en terme de séparation : comment se débarrasser de l’identification à ce qui n’est pas « Conscience Pure » et qui est à la source du désir et de la peur ? D’où l’accent mis sur le discernement.

Quant au Védanta, il considère l’ordre et la libération comme les conséquences d’une attitude de dévotion que l’individu nourrit à l’égard du « Principe Suprême ». Cette attitude le dépouille des limitations de son moi, le purifie et le conduit à l’union avec ce « Principe Suprême ». (…)

La divergence de points de vue n’est qu’apparente puisque, selon le Védanta, le Suprême se trouve au coeur de chaque être sous la forme du « Souverain Intérieur ». Seule sa présence explique que l’on puisse se plier aux injonctions du Veda; (…) En ce sens, l’ordre existe déjà effectivement déjà en nous-mêmes, sous la forme de ce Maître interne; Il suffit de l’écouter pour redécouvrir à l’intérieur et sans aucune imposition extérieure, l’ordre inhérent à l’univers et à nous-mêmes. »
François Lorin

Ordre et désordre dans la pensée de l’Inde (4)

Découvrir l’ordre

Une question fondamentale se pose par rapport à l’ordre : doit-il s’imposer de l’extérieur ou bien se découvre-t-il de l’intérieur ?

Dans la plupart des sociétés, antiques ou modernes, l’individu se trouve confronté à un ordre imposé de l’extérieur. Il prend progressivement conscience des obligations et des limitations inhérents à son environnement naturel et humain. Dès lors, ou il accepte ou il se révolte.
Dans l’histoire de la culture en Inde, deux points de vue ont coexisté sur cette question. (…)

Le premier est celui du Sâmkhya.

Le mot signifie « méditation profonde sur les éléments constitutifs de la réalité ». Pour le Sâmkhya, cette méditation permet d’échapper complètement à la souffrance. L’ordre ne peut pas s’imposer de l’extérieur, il émerge de la nature propre des êtres . La méditation profonde sur notre être propre et sur la nature propre des êtres qui nous entourent conduit à l’élimination du désordre imposé par l’extérieur et révèle l’ordre intrinsèque à notre être profond. (…)

Le second est le Vedânta.

Pour le Vedânta, l’ordre est antérieur à l’individualité et à ses caractéristiques. Il constitue, avec le désordre qui en est l’indispensable contre partie, le mode d’être de la totalité, du « Tout ». (…) Il s’agit donc de se plier aux injonctions contenues dans le Veda ; elles permettent de passer du désordre à l’ordre. L’individu, enserré dans ses propres désirs et illusions, ne dispose d’aucun autre moyen pour découvrir l’ordre ou le retrouver. (…) Il s’agit d’abord d’un ordre imposé de l’extérieur.(…) Par la suite, ce respect de l’ordre entraîne une purification de la psyché qui permet alors à l’individu de redécouvrir, de l’intérieur, le sens et la validité de l’ordre. (…)

Le regard que l’on porte sur une personne différera selon que l’on se trouve assis à sa droite, à sa gauche ou bien en face. De même, la vérité peut être authentiquement perçue de manières différentes, selon la situation de l’observateur. (…)

Ordre et désordre dans la pensée de l’Inde (3)

« L’aimable et le meilleur »

« Au-delà du caractère fluctuant des évènements, la culture védique a perçu un ordre stable : le dharma; Elle a établi une distinction entre deux objectifs humains : « preyas » qui signifie « l’aimable » et « shreyas » qui signifie « le meilleur ».

Les quatre sens de la vie se résument dans ces deux termes.
En effet, les trois premiers :
artha – les biens matériels,
dharma – dans le sens restreint d’ordre social et
kâma – le désir,
constituent ensemble le domaine de ce qui est aimable et recherché par l’humanité. (…)
Moksha – lui seul constitue « shreyas », « le meilleur »;
Seul moksha signifie « liberté ».

Dès les temps védiques, le yoga joue un rôle fondamental dans cette recherche de liberté. (…) Le yoga peut augmenter la créativité, les facultés d’adaptation, la sensibilité et même la sensualité, les possibilités de communication, les facultés d’attention, d’intelligence et de volonté.
On ne doit donc pas considérer le yoga comme un moyen de fuir ou de rejeter la vie mais, bien au contraire, comme un accès à la beauté et la grandeur de l’univers, de la conscience et de la vie.
Toutefois, malgré le rôle important qu’il peut remplir dans le développement des trois premiers sens de la vie, le yoga insiste surtout sur la recherche de la liberté. Processus de déconditionnement et de libération, il affranchit de tous les éléments qui nous maintiennent en esclavage.

Ordre et désordre dans la pensée de l’Inde (2)

L’acte désintéressé
Dans la Bhagavad-Gîtâ, il est dit à plusieurs reprises que chaque action accomplie pour ses fruits est source d’enchaînement : elle « lie » l’être humain. Agir pour les résultats engendre dans l’esprit un ensemble de forces qui continuent à s’exercer bien après l’achèvement de l’action et qui forgent un destin créé par l’individu lui-même. L’acte gratuit, si difficile à réaliser, est un des aspects majeurs du yoga.
La notion de sacrifice se fonde sur la constatation que tout acte dans l’univers émane de la nécessité impérieuse d’agir. Présente dans chaque élément constitutif de l’univers, elle ne s’accomplit pas au bénéfice d’un seul individu ou telle forme de vie, mais bien de la totalité. En ce sens, chaque individu pose des actes qui sont « gratuits ». Le yoga nous demande de modifier notre manière d’agir pour qu’elle devienne l’expression de la mouvance de l’univers plutôt que l’expression du désir d’une entité limitée.

Ordre et Désordre dans la pensée de l’Inde (1)

« L’être humain a de tout temps été confronté au désordre – tant intérieur qu’extérieur – et il a souvent été à la recherche de l’ordre, par des moyens quelquefois discutables. Voici une réflexion sur ces notions :

La civilisation védique
(…) La tradition, transmise oralement au cours des siècles, véhicule encore une notion fondamentale : l’ordre ou le dharma; Ce substantif est dérivé de la racine DHRI : porter, soutenir, maintenir. (…)

Dharma, cité dans les textes les plus anciens du Veda, représente l’ordre cosmique qui maintient la cohérence et la continuité de l’univers.
Ce dernier se nomme « jagat » en sanskrit, c’est-à-dire : « L’en-mouvement ».
Bougeant, changeant sans cesse, il crée en l’homme un angoisse et une incertitude insoutenables. Pour s’en délivrer, l’être humain peut cependant découvrir un support ferme, à l’image du sol sous les pieds. Cet appui est le dharma. »

REPRISE DES SÉANCES DE YOGA ET MÉDITATION LE 9 SEPTEMBRE 2019

Bonne fin d’été à tous et à bientôt pour la reprise de la pratique du yoga.

« Le yoga est une philosophie de l’incarnation. La pratique autour du corps et du souffle a pour but d’ouvrir l’espace pour un lieu de vie et d’expression de ce qui est profond en nous. » Peter Hersnack

« comprendre le sens de la vie »

« Patanjali insiste sur le fait que la personne doit se développer, se comprendre, et de ce fait ne pas prétendre être la seule entité vivant en ce monde. (…)
Apprendre et être capable de partager : là réside le sens de nos relations avec autrui. Qu’est-ce que la vie si nous ne faisons que prendre ? Étant enfant, nous prenons tout le temps. Arrive un moment où nous devons donner. (…)
Le yoga peut aider à comprendre qu’il faut expirer avant d’inspirer.
Expirer c’est donner!

Certaines personnes n’arrivent pas à  s’exprimer parce qu’elles retiennent tout. Leurs maisons sont remplies de ce qu’elles possèdent, mais sont-elles heureuses ? Le bonheur consiste à être capable d’expirer.

C’est simple : expirez !

F.Sheikh Ahmad

KÛRMA ET MERU

« Le mot âsana (posture) est aussi ancien que l’histoire de l’Inde. Considérons l’un de nos rituels d’origine védique : avant de nous asseoir pour faire ce que l’on nomme japa (récitation), nous demandons à certaines forces de nous conférer leur propre stabilité. La prière dit : « Terre, ô ma Terre, soutiens-moi de la même manière que tu es soutenue par le Seigneur qui a pris la forme d’une tortue pour te sortir du fond de l’océan. »
L’histoire raconte que le Seigneur offrit d’être la base de l’épine dorsale qui soutien le grand Mont Meru, utilisé comme bâton à baratter l’Océan de Lait, tandis que le grand serpent Ananta tenait lieu de corde enroulée autour du Mont Meru.
À l’une des extrémités tiraient les démons, à l’autre les dieux. La corde était mue de telle façon que le Mont Meru barattait, alors que la Tortue (Kûrma) restait stable, comme immobile.
C’est pourquoi la prière se poursuit ainsi : « Terre, toi qui es un exemple pour l’âsana, donne-moi la stabilité qui est la tienne. »
Cette stabilité n’implique nullement qu’il ne se passe rien. Ici, celà signifie « restriction du mouvement ».
On utilise très souvent le Grand Ananta pour illustrer l’idée d’âsana. Dans cette légende, la plus ancienne que nous connaissions à propos d’âsana, le rôle d’Ananta consiste à aller et venir sans être blessé ni tué.
Retenons surtout que c’est Meru, la montagne censée atteindre les cieux, qui est utilisée comme bâton à baratter.

DANS CHAQUE CORPS HUMAIN EN EFFET, IL EXISTE UN MONT MERU : la colonne vertébrale, depuis la nuque jusqu’au coccyx, est appelée en sanskrit Meru danda (bâton). Or toute pratique vise précisément une action sur le Meru danda. » TKV DESIKACHAR
D

« diététique »

« L »expérience et la réflexion montrent que tous les « systèmes alimentaires » prônés et considérés comme l’unique vérité, ne résolvent pas tous les problèmes. Ils sont en général prisés et suivis à la lettre par des gens anxieux, obsédés par leur corps qu’ils comprennent mal. Or, dans ce domaine en particulier, la plus grande souplesse est requise. Notre équilibre est changeant selon les périodes de l’année, les stades de notre vie, les risques de contagion ou de contamination, le rythme de nos activités. Il est nécessaire d’être attentif et d’adapter sans cesse notre nourriture à nos besoins et notre condition physique.

(….)

Je pense devoir insister sur une attention soutenue à nos sensations internes pour adapter la nourriture à ce que nous sommes à tout moment :

  • ne pas manger dans une atmosphère troublée
  • ni en faisant autre chose, donc distraitement,
  • ou si l’on n’a pas faim pour différentes raisons
  • être attentif aux quantité d’alimentés ingérés dans une journée : adapter cette quantité à l’activité
  • savoir changer sa façon habituelle de s’alimenter si des sensations ou des troubles internes l’exigent.

Sachons aussi au fur et à mesure que l’on vieillit, être à l’écoute des fonctionnements du corps, pour adapter sa nourriture de façon constante.

(…)

Mais terminons en disant qu’il serait souhaitable néanmoins de savoir sans se culpabiliser « faire la fête » en oubliant, si cela fait plaisir, tout principe que l’on s’impose. Justement ne rien s’imposer mais comprendre ou ressentir plutôt les bienfaits retirés d’une adaptation intelligente de la nourriture à ce que l’on est … et cela deviendra une « seconde nature » où privations et contraintes n’existeront plus. » Andrée Maman