« sentir la posture de l’intérieur »

« Il y a quelques années, un psychologue français, Michel, rencontra mon père T.Krishnamacharya. Michel avait le corps souple et pouvait faire beaucoup de postures compliquées. La plupart de ses amis le considéraient comme un expert.
Mon père lui demanda de faire quelques exercices. Après l’avoir regardé démontrer beaucoup de postures compliquées, mon père lui dit :
« Vous n’êtes pas en train de faire du yoga! »
« Professeur, ce son des postures classiques. »
« Non, vos yeux voyagent tout autour de la pièce. Vous ne cessez de me regarder; Vous n’avez pas régularisé votre respiration. Vous n’êtes pas « dedans ».
Michel était triste, mais il désirait ardemment maîtriser ses postures. Il pria le professeur de le guider.
Mon père lui indiqua les neufs principes suivants :
1- suivre la respiration. Elle doit être douce, longue et synchrone avec le corps.
2 – faire vivre et vibrer le corps avec la respiration
3 – expirer quand on penche le tronc vers les jambes
4 – inspirer quand on redresse le tronc
5 – quand la respiration se raccourcit, se reposer jusqu’à ce qu’elle redevienne normale
6 – à l’inspiration, étirer la colonne vertébrale et ouvrir la poitrine
7 – à l’expiration, contracter l’abdomen
8 – respirer par le nez, et jamais violemment
9 – Enfin, garder les yeux fermés et sentir la posture « de l’intérieur ». »

TKV Désikachar

« Mettons nous à l’écoute »

« L’énergie d’éveil ne se construit pas par la friction, la résistance et le conflit ; elle éclôt et elle croît comme la plante lorsque le milieu ambiant est favorable.
TKV Désikachar a souvent souligné que la condition essentielle de l’éclosion c’est l’attention portée à « où j’en suis » : au point de départ, ici et maintenant, sans hypocrisie et sans ambiguités. Le savoir n’est pas utile, les théories non plus ; les experts sont de trop : il suffit de poser un regard sur soi sans a priori; Dès lors le corps, les sensations, constituent un domaine irremplaçable d’observation et de prise de conscience.
Mettons nous à l’écoute des messages incessants et profonds du corps ; ils conduisent à l’épanouissement de l’être, au déploiement sans limite de son énergie. » François Lorin

« passerelle entre cosmologie et spiritualité »

« La science ne peut être déconnectée des grandes interrogations qui préoccupent la conscience. Du moment que vous distinguez clairement les propos qui relèvent de votre activité scientifique de ceux qui relèvent de votre engagement personnel, je ne vois pas pourquoi de telles passerelles ne pourraient pas être établies. Einstein écrit que « la religion cosmique est le mobile le plus puissant et e plus généreux de la recherche scientifique ». (…) Je crois à un principe panthéiste qui me place dans le sillage de sa pensée ainsi que que celle de Spinoza, principe qui se manifeste par l’harmonie et la beauté des lois de la nature. Ma démarche scientifique comme ma spiritualité visent à rendre compte de l’existence de ce principe et d’en rendre perceptibles les manifestations. Pour que l’harmonie et la beauté des lois de la nature soient perceptibles, il faut qu’une conscience s’en saisisse.
La science n’a cessé de confirmer l’existence de ces lois. C’est la grandeur de l’homme d’en avoir fait scientifiquement la démonstration. Loin d’avoir désacralisé le monde, la cosmogonie moderne l’a réenchanté. (…) Nous sommes tous des poussières d’étoiles. À l’exception des atomes d’hydrogène et d’hélium qui ont été créés durant les trois premières minutes après le Big Bang, tous les éléments chimiques qui composent la table de Mendeleëv et qui constituent le monde sont nés de la fusion nucléaire dans les étoiles. Celles-ci sont nos ancêtres. Nous partageons tous la même généalogie cosmique. Nous sommes les cousins des bêtes sauvages et des fleurs des champs. (…) »
Trinh Xuan Thuan

« Trois clés »

« Je ne sais pas si la vie a un sens, mais nous pouvons lui en donner un. Nous avons le choix de le faire par la compassion, l’empathie. Camus disait qu’une vie est réussie lorsque l’on a participé de manière positive, non seulement à sa propre vie, mais aussi à celle des gens qui nous entourent. La vie réussie s’articule autour de trois domaines. La science : découvrir, comprendre ; l’art : faire et contempler la beauté ; et l’empathie : vivre en conscience avec les autres. Pour moi, ce sont les trois clés pour analyser l’humanité. Créer, comprendre, et vivre autour de la souffrance humaine. » Hubert Reeves

« Servir la vie »

« Qu’est-ce que le service de la vie ?
On peut essayer de le définir comme effort créateur, c’est-à-dire effort pour offrir à la vie de nouveaux espaces d’émergence, d’expression, de protection et de déploiement. C’est soutenir la vie dans tous ses efforts contre ce qui veut l’affaiblir ou la détruire, contre les violences qui l’agressent ou les maux qui l’affaiblissent. C’est créer la vie là ou elle n’existait pas. C’est aussi l’imaginer et la faire exister sous des formes nouvelles. C’est semer la graine d’un arbre, cultiver un jardin, concevoir un enfant, peindre un tableau, inventer des outils (matériels ou symboliques) et s’en servir de façon éthique, secourir celui qui est en détresse, écouter celui qui en a besoin, enseigner ce que l’on sait, donner ce que l’on a, réaliser en soi un progrès d’être, de conscience, de vertu, etc. Le service de la vie est très vaste, difficile à circonscrire. Il s’actualise notamment dans trois grandes directions : la culture du lien à soi, du lien à l’autre, du lien à la nature. » Abdennour Bidar

« Juste le présent »

« Notre faculté de discernement nous permettra de distinguer entre mollesse et décontraction, entre disponibilité et apathie, entre ouverture et indifférence, entre plaisir et esclavage des sens.
La nuance est subtile et la recherche de cet équilibre l’est aussi. En allant trop vers la détente, je risque de me diluer et de perdre le fil du yoga, en allant trop vers la fermeté, je risque de perdre l’écoute et la tendresse.
Le résultat de cette recherche est l’harmonie. Nous nous sentons alors déposés entre deux directions, au centre. L’état d’équilibre est défini comme des forces complémentaires égales dont la somme s’annule. Ce n’est donc pas l’absence d’effort mais l’effort juste pour le yoga. Là, il n’y a plus de passé ou de futur, juste le présent. ». Sandra Ermeneux.

« C’est un homme, c’est une femme, avec un corps d’os et de chair. »

« (…) In fine, debout, assis ou couché, dans la force de l’âge ou dans un état de moindre vitalité, ne peut-on, « jusqu’au bout » laisser se relativiser ce qui est secondaire et se dévoiler l’essentiel ?

C’est un homme, c’est une femme, avec un corps d’os et de chair.

Le souffle l’anime de sa vitalité.
Sa pensée, ses émotions subtilement frémissent en lui, portées par son corps et l’inspirant de leurs couleurs et représentations.
Il est conscient de ses limites, du cadre dans lequel sa vie se déroule.
En même temps, il peut se sentir enraciné dans le sol comme un arbre, parcourant les plaines et les forêts comme un fauve, s’élevant dans les airs comme un oiseau.
Il peut rester en lui-même, immobile ou en mouvement.
Toujours en lui, stabilité et espace de bien-être.
Il est bien là, recueilli en soi, présent au monde.

La posture, mise en place avec la conscience de ce qui s’y rassemble, récapitule ainsi tout le projet du yoga. » Laurence Maman

« Une attention soutenue »

(…) une attention soutenue, constante, qui débusque ce qui peut se cacher derrière mes « vouloir bien faire ». Une vigilance dans l’action, ferme et sans faiblesse, une vigilance dans un authentique lâcher prise où je n’accroche plus mes désirs, mes aspirations, mes espoirs et mes peurs à ce que j’accomplis. L’abandon total du fruit de l’action. Agir sans penser au résultat. Lâcher prise, couper court à toute supputation. Décrisper la pensée, ouvrir son coeur. Plus aucun effort à faire, plus de tension, pas de stress. Aucune volonté à faire passer. Je respire, je prends du recul, je me libère. Alors s’installent en moi, le calme, la paix. Une paix sereine et joyeuse. » G. Gilson

« Tentons une définition du yoga »

« Le yoga serait toute activité visant à la santé et au bonheur, menant à une meilleure compréhension de soi-même et ne faisant de tort à personne. Quelles seraient les conditions préalables à la pratique d’un tel yoga ? Quelles en sont les conditions nécessaires ?

L’intérêt.
Selon moi, il doit tout d’abord y avoir l’intérêt de le pratiquer. Aucune activité, aucune discipline n’amènera de résultats positifs si vous n’êtes pas motivé à deux niveaux : tout d’abord pour vous lancer dans cette activité, et ensuite pour continuer à la pratiquer. Sans intérêt, pas de yoga …

L’ouverture d’esprit.
Ensuite, il y a l’ouverture d’esprit vis-à-vis de la chose à apprendre. Si vous pensez comprendre quelque chose et posséder toutes les réponses, vous allez vous fermer à l’expérience bien que vous sembliez vous impliquer fortement. Vous n’allez pas changer, vous n’allez pas grandir, vous n’allez rien acquérir.

Un enseignant.
Continuons : il vous faut un « guide ». Bien sûr vous devez travailler par vous-même, mais si vous êtes tout seul vous ne pouvez avoir toute l’objectivité nécessaire afin d’assurer votre progression et de réorienter vos efforts. (…)

Pratiquer.
Enfin, vous devez avoir l’occasion de pratiquer. Ce que vous apprenez (…) vous devez l’essayer, le tester. Vous devez l’expérimenter. (…) Certaines modifications ne surviendront, certaines choses ne seront comprises qu’avec le temps et une application continue. » David Schonfeld

« Relation corps-mental-souffle »

« En fait, si nous pratiquons des postures de yoga, c’est beaucoup plus pour connaître notre corps que pour le rendre souple …
La pratique des postures a pour but principal de corriger dans le corps des imperfections qui y ont été importées par le mental. (…) Un mental instable affecte le corps et la respiration, sans parler des émotions… Les postures ont donc un effet purificateur sur et par le corps. (…)
Au sujet du mental, on peut parler d’états (calme, agité…) ou de qualités (clarté, confusions, pensées positives ou négatives…) La respiration influence tout cela. (…)
La relation entre le corps et le mental est intensifiée par l’utilisation du souffle. » TKV Désikachar